Trauma complexe et dissociation
Comprendre la dissociation : quand le système interne protège
Certaines personnes vivent des émotions très intenses, des déconnexions, des contradictions internes ou des réactions qui semblent disproportionnées. Elles ont parfois l’impression que “quelque chose à l’intérieur” réagit tout seul, qu’elles ne contrôlent plus leurs états internes, ou qu’elles ne sont plus vraiment elles-mêmes. Ces expériences peuvent être déroutantes, mais elles ont une logique interne. Elles sont
souvent liées à l’impact de traumas précoces ou répétés, qui ont façonné la manière dont la personnalité s’est organisée pour survivre.
La dissociation n’est pas une faiblesse : c’est un mécanisme de protection.
Une réponse normale à un vécu anormal
La dissociation est une stratégie adaptative. Quand la charge émotionnelle devient trop forte, le système interne “sépare” ce qui est insupportable. Elle peut affecter : les émotions, les pensées, la mémoire, le corps, les perceptions, les comportements, le sentiment d’identité.
Par exemple :
• “Je me coupe d’un coup, comme si je n’étais plus là.”
• “Une partie de moi réagit comme un enfant.”
• “Je perds du temps.”
• “Je ne me reconnais plus.”
• “Je sais ce que je devrais faire… mais une autre partie bloque.”
• “Je change d’état sans comprendre pourquoi.”
Ce ne sont pas des symptômes aléatoires : ce sont des mécanismes de protection.
La TSDP : comprendre l’organisation interne
(Modèle clinique : Van der Hart, Nijenhuis, Steele)
Pour comprendre ces phénomènes, je m’appuie sur la TSDP.
Les Parties Apparemment Normales (PAN) gèrent : la vie quotidienne, les relations sociales, le travail, les responsabilités, l’organisation. Elles essaient de continuer “comme si tout allait bien”.
Les Parties Émotionnelles (PE) restent connectées aux émotions traumatiques, aux souvenirs difficiles, aux peurs, à la honte, à la sidération. Elles réagissent comme si le danger était encore présent. La personne est une seule personne, mais les parties internes ne peuvent pas encore coopérer.
Les systèmes d’action : le coeur de la dissociation
Les comportements humains sont guidés par des systèmes d’action biologiques.
Systèmes d’action de survie (PE) :
• fuite
• combat
• sidération
• soumission / effondrement
• isolement
• pleur d’attachement
Ces systèmes génèrent : peur, honte, colère, panique.
Systèmes d’action quotidiens (PAN) :
• exploration
• jeu
• attachement non traumatique
• soin
• socialisation
• gestion de l’énergie
• organisation du quotidien
Quand les systèmes de survie et les systèmes quotidiens ne peuvent pas coopérer, la dissociation apparaît.
Les trois formes de dissociation structurelle
La dissociation existe sur un continuum allant de phénomènes légers à des organisations internes plus complexes. Pour mieux comprendre comment la dissociation s’organise, la TSDP distingue trois formes de dissociation structurelle.
1. Dissociation structurelle primaire
• 1 PAN
• 1 PE
Souvent en lien avec un trauma simple. Déclenchements émotionnels intenses.
2. Dissociation structurelle secondaire
• 1 PAN
• plusieurs PE
Fréquente dans le trauma complexe. Contradictions internes, conflits, réactions “malgré soi”.
3. Dissociation structurelle tertiaire (TDI partiel ou complet)
• plusieurs PAN
• plusieurs PE
Les parties peuvent sembler très distinctes, avec une continuité interne fragile, tout en sachant appartenir à un même soi.
Lorsque la personne qui devait protéger est aussi celle qui fait peur, le système interne ne sait plus comment réagir. L’enfant veut s’approcher pour être rassuré tout en ayant besoin de se protéger. Ce double message crée une confusion profonde et peut conduire, plus tard, à une séparation des différentes parties internes. C’est un terrain fréquent des formes plus complexes de dissociation.
Ces formes de dissociation apparaissent généralement dans des contextes traumatiques spécifiques. Le trauma complexe survient lorsque les événements sont répétés, surviennent trop tôt, proviennent d’une figure d’attachement ou dépassent les capacités de l’enfant.
Les parties internes se répartissent différents rôles : protectrice, peur, honte, effondrement, contrôle, retrait.
Ce n’est pas un trouble de personnalité : c’est une stratégie de survie.
Comment je travaille : sécurité, stabilité, cohérence
La priorité :
1. sécurité interne
2. stabilisation
3. compréhension des parties
4. réduction des débordements / coupures
5. coopération interne
J’utilise : TSDP, ACT, thérapie des schémas, EMDR (si stabilisation suffisante), ancrage, psychoéducation.
Quand aller plus loin (EMDR et travail du trauma)
Nous travaillons les souvenirs uniquement lorsque les parts protectrices sont rassurées, les PE reconnues, la dissociation stabilisée et la présence possible.
Si vous vous reconnaissez
Ces mécanismes ont une logique. Ils peuvent être compris autrement et vous permettre d’avancer avec plus de souplesse vers ce qui compte pour vous. Vous pouvez lire la page Approches ou prendre rendez-vous pour avancer à votre rythme.
Vous n’avez pas à gérer cela seul(e).